Une esthétique en mosaïque
Annick Girard,
« Une esthétique en mosaïque »,
dans
Sophie Limare,
Annick Girard,
Anaïs Guilet (dir.),
Tous artistes ! (édition augmentée), Les Presses
de l’Université de
Montréal, Montréal, 2017, ISBN : 978-2-7606-3838-9, https://www.parcoursnumeriques-pum.ca/8-tousartistes/chapitre7.html.
version 0, 01/9/2017
Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International (CC BY-SA
4.0)
Avant la création du Web, les illustrations amateurs de la musique
restaient dans la sphère privée. Les diaporamas maison ou les projets
d’étude audiovisuels ne bénéficiaient d’aucun mode de diffusion en
particulier. Les illustrations connues de la musique émanaient alors
exclusivement des diffuseurs professionnels. Notamment, les maisons de
disques ont associé l’univers musical de leurs artistes à des images
choisies ou créées sur commande pour représenter un disque (Gomez-Palacio et
Vit 2010). Cet art de la pochette a favorisé le développement
de codes propres à l’association d’une musique à une image. Par
exemple, dans les années 1950-1960, Blue Note Records a contribué à
associer au jazz des pochettes dotées d’une conception minimaliste des
écritures et d’une couleur unique, souvent bleutée, privilégiant des
photos en gros plan de l’artiste et de son instrumentVoir
également quelques exemples de pochettes de Blue Note Records.↩︎
(Gomez-Palacio et
Vit 2010, 298). Aussi, les réalisateurs, au cinéma ou à la
télévision, ont intégré la musique à leur travail des images (Chion
2003). Si la musique de film ou de séries semble parfois
simplement accompagner des images, il ne faut pas sous-estimer son
rôle. Ainsi, une musique connue trouve une illustration inédite quand
elle tient un rôle au cinéma, ce qui contribue aussi à sa
(re)découverte (Hennion et al.
2015). Par exemple, les œuvres de Mozart, Beethoven,
Schubert ou
Wagner ont
trouvé des illustrations mémorables dans AmadeusVoir la bande
annonce d’Amadeus de Milos Forman (1984).
↩︎ (1984) de Forman,
Clockwork OrangeVoir la bande
annonce de Clockwork Orange de Stanley Kubrick
(1971).
↩︎ (1971) de Kubrick,
Trop belle pour toi (1989) de Blier ou
ExcaliburVoir la bande
annonce d’Excalibur de John Boorman.
↩︎ (1981) de Boorman.
Antérieures aux films qui les ont mises en scène, déjà chargées d’une
histoire propre, ces musiques ont trouvé à l’écran des illustrations
susceptibles de relancer leurs lectures possibles (Hennion
et al. 2015). Quand une musique comme la Neuvième
Symphonie de Beethoven
trouve une illustration particulière dans le film de Kubrick,
cette version de l’œuvre en côtoie d’autres, ce qui forme une
communauté d’objets qui partagent des points communs. Ces liens entre
les œuvres créent des réseaux de signification auparavant contrôlés
par une industrie ou une intelligentsia. Désormais, les pratiques
amateurs sonores participent à l’enrichissement de réseaux qui
témoignent d’une esthétique en mosaïque. Celle-ci mise sur la
juxtaposition inédite d’œuvres ou de leurs composantes les plus
représentatives, laquelle est susceptible de renouveler les lectures
possibles des extraits partagés entre le nouveau contexte et celui
d’origine.
L’exemple des combats entre le son et les images de films attire aussi l’attention sur cette appartenance partagée d’un même extrait représentatif d’une œuvre avec deux contextes différents. Chacun des deux films devient une banque de données d’images et de sons connus, dont des extraits seront prélevés et réorganisés pour créer une capsule originale. L’ensemble de ces capsules forme ensuite un corpus distinct des films utilisés tout en préservant un lien privilégié avec chacun d’eux. S’il est question d’appairage (peering) pour désigner les échanges de trafic internet avec les pairs, nous parlerons de mosaïque virtuelle pour désigner les regroupements de capsules web consacrées à un même genre ou à un même thème. Ainsi, les illustrations amateurs du sonore, très variées, s’inscrivent dans une esthétique en lien avec la mosaïque puisque l’amateur nourrit sa créativité d’objets achevés : des corpus se forment au fil des courants populaires et relient ces illustrations de la musique à une chanson connue, à des images célèbres, à un autre courant, etc.
Outre les exemples de mosaïques composées en partie de fragments
cinématographiques qui illustrent le sonore, ceux engendrés par
l’essor du vidéoclip dans les années 1980 témoignent aussi d’une
illustration du sonore ou de la musique. Beaucoup plus court qu’un
film et entièrement consacré à une musique ou à une chanson, le
vidéoclip est par définition l’illustration d’une musique ou des
paroles d’une chanson. Un des vidéoclips les plus marquants ayant été
réalisés reste à ce jour ThrillerVoir le clip de
Thriller de Michael Jackson (1982).
↩︎
de Michael Jackson
(Walgenwitz 2013).
Conçu comme un court-métrage, chorégraphié comme une scène de comédie
musicale, il devient ainsi le point de départ d’une mosaïque
susceptible de s’étendre à mesure que des variantes de l’œuvre ou de
ses composantes sont produites. Selon Lévy (1998), le
potentiel de croissance à partir des variantes d’une œuvre s’actualise
au fil des reprises auxquelles la navigation mène. Dans cette partie,
nous verrons combien les reprises réalisées par les amateurs
« agrandissent » la mosaïque amorcée par des réalisations
professionnelles et comment l’ajout d’illustrations amateurs de la
musique valorise ces pratiques tout en explorant la variation.
Personnaliser/personnifier la musique
Des logiciels simples d’utilisation permettent aujourd’hui aux amateurs de produire des effets fascinants qui contribuent à régénérer les modes d’illustration du sonore. Multitrack Recorder, par exemple, facilite l’illustration concrète de la partition musicale en représentant chaque voix ou instrument : l’écran est divisé en autant de cases qu’il y a de parties, et cela permet à l’auditeur de suivre le déroulement d’une chanson. Ainsi, la performance « Uptown Girl (Robert Ernst Acapella Cover) » (2011) de Robert Ernst constitue un exemple type d’illustration d’une chanson exécutée a capella.
Uptown Girl (Robert Ernst Acapella Cover), Robert Ernst, 5 mai 2011, 3min11s
Crédits : Robert Ernst
Proposé par auteur le 2017-09-01
Au sein d’un écran divisé en quatre, Ernst
est filmé en train d’interpréter chacune des quatre voix de la chanson
Uptown Girl (1973) de Billy JoelVoir le clip
d’Uptown Girl de Billy Joel.
↩︎. Sans effets de mise en scène,
l’image captée par une webcam le montre à l’ordinateur. Sa capsule
contient deux secondes d’humour quand il pousse une fausse note et que
ses alter ego haussent les épaules sans arrêter de chanter. Les
quatre Ernst
aux voix distinctes contribuent dès lors à personnaliser la chanson de
Joel, à en
livrer une interprétation idoine, ni commerciale, ni professionnelle.
Cette version intime d’une chanson, ce collectif-individuel, n’est
possible que grâce à une technologie accessible qui contribue à
amplifier la personnalisation en permettant à un individu de se
dédoubler dans une illustration vulgarisatrice de la musique.
Dans le même ordre d’idées, la capsule « lollipop a capella, videos online de humor » (2009, 2 min 11 s) sur la chaîne Antraxx (3 vidéos, 80 abonnésNombre d’abonnés en mai 2017.↩︎) produit des effets semblables au clip d’Ernst et témoigne d’une créativité représentative de ces capsules.
Lollipop a capella, videos online de humor, Antraxx, 22 août 2009, 2min11s
Crédits : Antraxx
Proposé par auteur le 2017-09-01
Une femme y chante a capella la chanson
LollipopVoir le clip de
la chanson Lollipop des Chordettes.
↩︎ (1958) interprétée à l’origine par
le quatuor féminin des années 1950 The Chordettes.
La chanteuse affiche une tenue et une coiffure légèrement distinctes
pour chaque ligne mélodique ou rythmique. À la différence d’Ernst
qui chante joyeusement faux, Antraxx
livre une performance vocale solide. Des commentaires déposés sur ce
lien remettent en cause l’authenticité de la source : ils allèguent
qu’il s’agit d’une synchronisation labiale réalisée à partir d’une
performance piratée, soupçons représentatifs des échanges au sujet des
capsules réalisées ainsi. Une autre version de Lollipop a
capella sur la chaîne Jorinaldo
laisse aussi planer le doute sur l’authenticité de la performance.
The Chordettes - Lollipop, Jorinaldo, 30 juillet 2010
Crédits : Jorinaldo
Proposé par auteur le 2017-09-01
Cependant, que celle-ci soit fondée sur une exécution vocale ou une synchronisation labiale, la version obtenue grâce à Multitrack Recorder produit invariablement une illustration de la musique qui la personnalise et la personnifie. D’abord, la performance de l’amateur donne un nouveau visage à la chanson, une apparence renouvelée comme dans le cas de Lollipop dont il existe maintenant des versions chantées par un homme. Ensuite, le cadrage de chaque voix personnifie la musique au sens où il illustre les particularités de la partition : des versions comme celle de Hayden Allred associent de manière synesthésique chaque voix à une couleur (jaune, bleu, rouge et vert) en arrière-plan.
Lollipop - Hayden Allred (a Capella), Hayden Allred, 29 décembre 2013
Crédits : Hayden Allred
Proposé par auteur le 2017-09-01
Le projet de François Macré constitue un autre exemple de capsules réalisées à l’aide d’un logiciel de mixage multipiste qui illustre la complexité du travail des amateurs tout en confirmant que ce type de représentation de la musique a le potentiel didactique de guider l’écoute de la partition. Macré retient l’attention, car il divise son interprétation a capella de Thriller en 64 cases.
François Macré - Thriller (Multitrack A cappella Cover), François Macré, 21 octobre 2008
Crédits : François Macré
Proposé par auteur le 2017-09-01
Il affirme avoir travaillé 350 heures pour produire cette capsule à l’aide d’un équipement réduit (portable, webcam, micro). Ayant presque atteint le million de vues à ce jour, le projet de Macré guide l’écoute concrètement puisque les cases le montrent seulement quand une voix se fait entendre ; autrement dit, son visage disparaît d’une case lorsqu’il y a un silence dans la partie à laquelle elle correspond. Cet homme-orchestre passionné de musique personnalise grandement la musique de Jackson en signant une version où il chante chaque instrument, section rythmique comprise. Macré personnifie littéralement le sonore et le musical, créant une version très différente du vidéoclip de Jackson dans lequel la danse et les costumes importaient.
Qu’il s’agisse de Lollipop ou de Thriller, les
capsules amateurs réalisées grâce à un logiciel de mixage multipiste
s’ajoutent à la variété des versions déposées en ligne et contribuent
ainsi à l’établissement d’une esthétique en mosaïqueVoir ces deux compilations disponibles en ligne
montrent ce que différents amateurs réussissent à produire :
- Mix
- Amateur Acapella Compilation PART 1 / Funniest Acapella App
Clips.
- Amateur
Acapella Compilation PART 2 | Funniest Acapella App Clips.
↩︎.
Esthétique de la reprise et de la réinterprétation, cette dernière
permet aux praticiens sonores amateurs de s’approprier des œuvres
majeures ou marquantes de la culture populaire tout en se mesurant à
elles. La particularité de ces capsules devenues sur le Web des
composantes d’une mosaïque plus large découle aussi du découpage
visuel de la performance a capella, de sa fragmentation,
comme si le traitement multipiste créait une mise en abyme de la
mosaïque. Ainsi, la mosaïque multipiste d’une chanson connue est liée
à diverses mosaïques qui partagent par exemple un même thème. La
capsule de Macré se voit entre autres associée à des versions
multipistes de Thriller, à d’autres succès de Michael Jackson
ou à d’autres capsules a capella, amateurs et
professionnelles confondues – les productions amateurs apportant une
diversité moins formatée par les paramètres d’une édition financée par
l’industrie. Les pratiques amateurs sont en effet plus participatives
que performatives en comparaison à celles des professionnels. Cette
prise en compte de deux façons complémentaires d’illustrer le sonore
ou la musique, soit la personnalisation et la personnification, nous
conduit à considérer des objets de nature toute différente : les
capsules funéraires.
Fondées sur la personnalisation/personnification d’une chanson
populaire même si cette dernière n’est aucunement modifiée, les
capsules funéraires de bébés mort-nés ou d’enfants « partis trop tôt »
abondent en ligne et se distinguent de celles rendant hommage à des
personnalités disparues. Fruits d’une pratique amateur motivée par le
devoir de mémoire, ces versions modernes du diaporama personnel des
années 1970 sont synchronisées avec une musique juxtaposée aux images.
Par exemple, sur la chaîne MultiParisienne
créée en 2010 pour une seule publication, un diaporama de photos
commémore la vie d’Océane. On y montre une Océane épanouie et
souriante ressemblant à une enfant de n’importe quelle famille
occidentale : bébé emmitouflé, scènes de vacances, etc. Ce montage de
photos très personnel résume la vie d’une enfant décédée à 11 ans, ce
qui rend d’ailleurs troublante sa ressemblance avec de nombreux albums
de famille puisqu’il fait prendre conscience à l’internaute que nul
n’est à l’abri d’un tel drame. De plus, le choix de la chanson I
will always love you (1973) de Dolly Parton,
dans la version intense de Whitney Houston,
personnalise encore davantage l’hommage. Alors que la chanson de Parton
faisait référence à une histoire d’amour et qu’elle est également
associée au film The BodyguardVoir
la bande annonce du film The Bodyguard avec Whitney Houston
et Kevin Costner.
↩︎
(1992), qui raconte la romance entre une chanteuse et son garde du
corps, elle résonne bien différemment ici. En effet, l’histoire
véhiculée par la chanson ne concerne pas vraiment celle d’Océane
décédée à 11 ans. Le titre et refrain I will always love you
s’impose alors pour véhiculer un message d’amour exprimé en sa
mémoire. Dans ce cas, la personnalisation de la chanson se révèle
d’autant plus puissante que le contexte est tragique. Même si la
version de Houston est
livrée dans son intégralité, sans modification, elle est investie
d’une résonance très personnelle par la réalisatrice du diaporama.
Grâce à l’illustration inédite de la chanson, Océane se voit
transfigurée : l’enfant personnifie l’intensité des émotions contenues
dans l’interprétation même de Houston. À
partir de là, le souvenir d’Océane n’est plus uniquement celui d’une
enfant décédée, mais celui d’un air ou de paroles susceptibles
d’insuffler une force, un espoir. Dans les capsules funéraires, le
choix de la chanson semble donc intimement lié à une illustration
personnalisée du deuil en plus de témoigner du désir d’associer la
disparue à un air ou à des paroles partagées par une communauté.
Une autre capsule funéraire publiée sur la chaîne Dondenne Laridenne
procède sensiblement de la même manière pour commémorer Nathan, décédé
subitement à quelques semaines. Réalisé par la mère, le diaporama
présente en alternance de nombreuses photos et un récit de sa courte
existence. Là encore, les photos du nouveau-né ressemblent à celles de
tout album de famille : Nathan est dans les bras de ses
grands-parents, de son frère ; il arrive à la maison, prend son
premier bain, etc. Le texte apparaît en bleu foncé sur fond pâle dans
des diapositives qui dévoilent périodiquement une photo en faisant
éclater le texte en morceaux. À force de répétition, le procédé
représente l’éclatement d’une vie, le drame maternel. La chanson
With arms wide openVoir le clip
de With arms wide open de Creed.
↩︎ (1999) de Creed,
groupe rock américain, soutient l’hommage funèbre jusqu’aux deux tiers
de la capsule. En effet, la fin de la chanson de quatre minutes ne
marque pas celle de la capsule puisque le silence et la phrase « Tu
étais si beau et plein de vie » mènent au récit du décès de Nathan à
six semaines et six jours. L’écriture de la mère communique alors des
paroles d’espoir livrées au nom du bébé, assouvissant le désir que la
vie se prolonge après la mort. Cet imagier funéraire s’inscrit
également dans une illustration de la musique qui personnalise une
chanson tout en effectuant une personnification. Ses paroles
constituant un récit assez vague, la chanson est personnalisée par les
images du bébé et l’écriture maternelle. Comme le titre de la capsule
annonce que l’enfant est décédé, les nombreuses images du paisible
poupon chargent de sens le texte et la musique. Les photos de Nathan
personnalisent cette chanson populaire, elles témoignent de l’apport
de cette dernière à l’univers créatif d’une mère endeuillée. Le visage
de Nathan caractérise l’objet non défini dans les paroles d’un
narrateur qui dit avoir compris que sa vie allait changer en entendant
les nouvelles. Dès lors, Nathan incarne l’espoir évoqué dans les
paroles, mais aussi l’intensité des émotions transmises par
l’interprétation de cette ballade rock. Nathan incarne littéralement
la chanson du groupe Creed dans
ce diaporama, et sa mère personnifie en somme le geste fécond du
témoignage en se posant comme réalisatrice amateur.
Cette illustration singulière d’une musique populaire montre combien la personnalisation et la personnification s’inscrivent dans une esthétique en mosaïque. L’album souvenir de Nathan s’ajoute à d’autres clips qui illustrent la chanson With arms wide open, mais aussi aux autres capsules funéraires d’enfants déposées en ligne, communauté formée majoritairement de réalisations effectuées par des mères. Dans ces capsules, la singularité de chaque histoire ressort, et ce, même si la chanson est davantage liée au thème de la mort que celle de Creed. Par exemple, la chanson Vole (1995) que Céline Dion interprète pour une de ses nièces décédée de mucoviscidose se trouve intimement liée à l’histoire de Luna, morte au huitième mois de grossesse. Cette vidéo produit les effets déjà décrits dans les exemples précédents : elle témoigne de l’écho de cette chanson pour la maman-réalisatrice (personnalisation d’une chanson) et la petite Luna, photographiée mort-née, incarne au bout du compte les paroles et la musique de Vole (personnification de l’œuvre). Partagée en au moins deux mosaïques distinctes, l’une amateur (image) et l’autre professionnelle (musique), cette capsule témoigne en somme de l’attachement des amateurs à une œuvre musicale indissociable de leur vie, surtout dans l’épreuve. Pour ces amateurs, la musique soutient la mémoire de leur enfant au point de leur inspirer un geste créatif, davantage d’ailleurs que le cimetière ou le crématorium, lieux réputés silencieux ou sans musique significative. En somme, les capsules funéraires révèlent combien la personnalisation et la personnification, deux processus liés à la reconnaissance de soi (rendre personnel) et à la reconnaissance de l’autre (incarner l’autre), sont parfois intimement liées à la musique.
Valoriser le lien
Les exemples précédents le montrent, les pratiques sonores amateurs tendent à valoriser la multiplication des liens, dont ceux avec les pratiques professionnelles qui leur servent de cadres de référence. Ainsi, l’illustration amateur du sonore, une musique la plupart du temps, préserve souvent l’intégralité de la pièce choisie tout en la mettant en valeur par l’établissement de nouveaux liens. Si les pratiques amateurs valorisent le lien avec des chansons dont le texte soutiendra un des aspects développés dans un type de capsules, elles misent parfois sur la musique instrumentale, comme la musique classique et celle de jeux vidéo.
Une des pratiques prolifiques de l’illustration de la musique en ligne revient aux illustrateurs de partitions classiques aux visées pédagogiques affirmées : l’animation visuelle des partitions des grands classiques crée un lien entre l’œuvre qui est connue et la partition, méconnue, voire illisible pour nombre de mélomanes. D’ailleurs, une liste de 200 partitions animées est diffusée sur un site d’éducation musicale monté par des enseignants françaisConsulter le site Vidéos pédagogiques d’éducation musicale.↩︎. La chaîne la plus active à ce chapitre, Smalin (pseudonyme de Stephen Malinowski), illustre et anime des dizaines d’œuvres du répertoire classique, dont le second mouvement de la Neuvième Symphonie de Beethoven.
Beethoven, Symphony 9, 2nd movement (complete), Molto vivace, Philharmonia Baroque, Smalin, 17 janvier 2011
Crédits : Smalin
Proposé par auteur le 2017-09-01
Cette animation défile comme le rouleau d’une boîte à musique et contient quinze couleurs associées aux sonorités produites par les instruments de l’orchestre (les cordes en rouge ou mauve ; les cuivres en brun ou vert ; les bois en bleu ; les percussions en gris). Défilant de gauche à droite, l’illustration marque la durée et le timbre de chaque note et dessine les interactions entre les sections de l’orchestre : les arborescences de la partition de la Neuvième ressemblent à un électrocardiogramme. L’animation guide le mélomane-spectateur visuellement comme l’amateur de karaoké. Cette forme de notation repousse les frontières de la vulgarisation musicologique tentée dans des ouvrages explicatifs sur la musique, comme celle privilégiée par Michel Lecompte (1995). Pour faire ressortir la structure du second mouvement de la Neuvième, ce dernier colore la partie de chaque instrument et sépare en blocs les expositions du scherzo (1995, 170). Visuellement, l’illustration de la musique effectuée par Smalin, à l’aide de sa « Music Animation Machine », se décode donc beaucoup plus facilement qu’une partition pour les apprentis mélomanes en créant un nouveau lien entre l’écoute de l’œuvre et la compréhension de son fonctionnement.
L’animation de partitions conçue par Smalin souligne les liens entre les sphères intime et sociale d’une passion musicale. En effet, les passionnés qui illustrent ainsi la musique présentent leur perception de l’œuvre en même temps que la partition. Par exemple, les fonds noirs privilégiés par Smalin font ressortir la variété de couleurs et de formes des notes. Ces animations ressemblent à des peintures abstraites évolutives, à un parcours lumineux rythmé d’interactions entre des formes variées. Elles témoignent d’une interprétation personnelle de Smalin devenu artiste-peintre-virtuel-amateur grâce à ses compétences en informatique et en musique. Nous constatons d’ailleurs combien il a perfectionné son art avec le temps puisque la capsule « Beethoven – Moonlight Sonata (animated score, 1st mvt.) piano solo » (2009) est moins épurée : l’écran est divisé en trois bandes horizontales et présente simultanément la transcription en bandes colorées de la musique qui défile, les mains au clavier ainsi que la partition originale.
Beethoven - Moonlight Sonata (animated score, 1st mvt.) piano solo, Smalin, 20 mars 2009, 7min33s
Crédits : Smalin
Proposé par auteur le 2017-09-01
La composition tripartite de cette capsule se distingue pour la valeur de lien indissociable de l’esthétique en mosaïque à laquelle elle appartient : elle peut être associée aux mosaïques de cours de piano en ligne, d’interprétations beethoveniennes, de partitions photographiées, etc. Dès lors, le pas de l’intime vers la sphère sociale est franchi puisque le Web a le potentiel de réunir des communautés. C’est ainsi que la « double tension de conservation et de renouvellement » (Hennion et al. 2015) de l’œuvre musicale classique, assumée par Smalin, resserre le lien entre l’apparition visuelle de la musique, l’exécution de la partition, la compréhension de cette dernière et la comparaison possible avec d’autres versions en ligne. Quelques clics suffisent pour vérifier sur le Web le rayonnement de l’œuvre de Beethoven à laquelle d’autres illustrateurs de partitions s’intéressent.
La chaîne andy illebrown contient quelques illustrations musicales qui montrent un imaginaire différent de celui de Smalin. « Beethoven – Moonlight Sonata » (2012), produite grâce au logiciel BlenderEn savoir plus sur le logiciel Blender.↩︎, crée une profondeur de champ en plaçant le point de fuite, d’où proviennent les notes, au centre d’un écran noir dans lequel nous distinguons un cadran très pâle.
Beethoven – Moonlight Sonata, Andy Fillebrown, 19 septembre 2012, 6min12s
Crédits : Andy Fillebrown
Proposé par auteur le 2017-09-01
Comme le cadran d’une horloge divisé en minutes, celui conçu pour la sonate est régulièrement ponctué de traits correspondant à chacune des notes du clavier d’un piano. Les notes, représentées par des traits, surgissent du point central. La « tête » de chaque trait, dont la longueur correspond à la durée de la note, s’illumine lorsqu’il atteint le cercle, soit au moment où la note est attaquée, c’est-à-dire où la touche du clavier est enfoncée. Loin du rouleau à musique auquel fait penser le travail de Smalin, cette représentation évoque une expérience de navigation spatiale interstellaire. La poésie visuelle qui s’en dégage témoigne aussi d’une interprétation intime proche de la personnalisation dont nous avons traité précédemment ; elle ne va pas non plus sans une certaine personnification de l’œuvre de Beethoven puisque l’illustrateur développe sa propre signature en devenant l’auteur d’un tableau animé musical. Ainsi, la dimension intime de cette capsule, son expression visuelle inspirée d’une musique, se voit juxtaposée puis comparée à celle de Smalin dans une communauté d’objets, sphère sociale possible qui réunit en ligne diverses versions d’objets semblables, mais différents. Guidé par le désir d’entendre du Beethoven, l’internaute trouvera autant des vidéos amateurs qu’une compilation de 30 versions historiques de cette fameuse Sonate pour piano « Clair de lune » en do dièse mineur, op. 27 n° 2 de Beethoven sur le site Parlons pianoAccéder au site Parlons piano. Connexion requise.↩︎. Voilà donc comment la valorisation du lien contribue à multiplier les illustrations du sonore dont l’actualisation se voit sans cesse renouvelée.
Par ailleurs, il existe sur le Web des capsules qui illustrent la musique sans que cela soit un objectif clair, surtout dans le cadre d’une esthétique en mosaïque où les liens possibles entre les objets sont exponentiels. Ainsi, dès qu’une musique est associée à un visuel, ce dernier l’illustre en quelque sorte, et cette liaison agrandit une mosaïque déjà embryonnaire ou étendue. Autrement dit, si la réalisation d’une capsule ne mise pas forcément sur un nouveau fond sonore, le simple renouvellement d’une illustration déjà connue valorise le lien avec d’autres versions visuelles du même sonore qui deviennent à leur tour le point d’ancrage de comparaisons. Comme les amateurs tendent à retravailler seulement un aspect ou deux d’un objet déjà connu dans leurs exercices de style déposés en ligne, nous constatons combien les redites sont déterminantes dans la création des mosaïques, une grande partie de leur cohérence reposant sur les recoupements.
Les nombreuses musiques de jeux vidéo qui sonorisent le travail visuel d’amateurs occupés à créer leurs propres univers à partir d’un jeu en constituent un exemple concret. Ces musiques et les effets sonores qui les ponctuent sont copiés tels quels. Seules les illustrations changent. Les clips que produisent les amateurs du jeu MinecraftAccéder au site du jeu Minecraft. En savoir plus.↩︎, créé à partir de 2009, implanté en 2011, semblent à ce titre très représentatifs. Parmi la grande variété de capsules réalisées à partir de l’esthétique visuelle de ce jeu de construction libre de type « bac à sable », les bandes-annonces amateurs connaissent un certain engouement et côtoient celles du jeu, conçues comme celles des films et relayées sur le Web par des internautes. Alors qu’elle explique le contexte et le fonctionnement global du jeu, la vidéo promotionnelle officielle de Minecraft s’articule selon trois axes : elle montre le potentiel de construction d’images et de progression des personnages dans cet univers virtuel ; elle présente quelques lignes de texte pour expliquer le contexte du jeu à d’éventuels joueurs ; et elle soutient, voire amplifie, les effets visuels par une bande sonore dont l’esthétique est calquée sur celle des bandes-annonces de films d’action hollywoodiens. En bref, Minecraft promet un univers virtuel inédit où l’action ne manquera pas puisque le joueur-constructeur de décors sera également traqué : les minutes d’exploration visuelle des univers fictifs sont accompagnées d’un long silence inquiétant, des bruits de pas, une musique synthétisée rythmant l’exploration des lieux et s’intensifiant à mesure que le texte promet de l’action.
Plusieurs reprises amateurs copient intégralement cette bande-son pour présenter leur création visuelle, leur scénario original, valorisant ainsi le lien avec Minecraft. Ainsi, les chaînes ItsDylan et Inktivate publient des versions amateurs de la bande-annonce de Minecraft où seuls les décors ont été remplacés par ceux créés par des fans ; les textes et la bande-son originaux sont conservés. Les concepteurs de ces décors en blocs virtuels mettent en valeur le fruit de leur travail (châteaux gigantesques, paysages élaborés qui surpassent ceux des bandes annonces officielles du jeu). Cette illustration du sonore et de la musique « d’action », notamment parce qu’elle communique une interprétation visuelle personnelle du jeu, s’inscrit dans une esthétique en mosaïque notamment nourrie par de nombreuses bandes annonces non officielles qui témoignent du potentiel créatif de la plateforme. Indissociable de la marque Minecraft, la musique de la bande-annonce, prévisible dans son développement, sert pourtant de cadre à la créativité des amateurs, d’une manière étonnamment semblable à celle de la musique classique. Favorisant l’enrichissement de la mosaïque virtuelle, ces « fausses » bandes-annonces de Minecraft témoignent de la valorisation de la marque, y compris celle de la musique d’action qui en assure la promotion.
D’autres pratiques amateurs fondées sur la création d’un univers
visuel personnel à l’aide de Minecraft misent sur une
certaine exploration musicale en valorisant un lien avec d’autres
mosaïques. Par exemple, la chaîne ManuKannNix
diffuse une animation Minecraft sur une chanson de Kat Nestel,
Nothing stopping me nowVoir le clip
de Nothing stopping me now de DJ Vicetone ft.
Kat Nestel.
↩︎ (2015), mixée par le
duo de DJ Vicetone« Minecraft Trailer (Amateur) », ManuKannMix, 29
novembre 2015. Cette vidéo n’est plus disponible.↩︎.
Puisque le visuel ni élaboré ni créatif de la capsule dure plus longtemps que la chanson, la dernière minute est soutenue par un mixage sonore non identifié, signature probable de Vicetone. Cette production amateur, comme l’indique son titre « Minecraft Trailer (Amateur) », mène l’internaute à d’autres mosaïques qui illustrent la musique en dehors de l’univers du jeu vidéo. Entre autres, la chanson est associée à des mangas ou au karaoké. D’une mosaïque à l’autre, les multiples options de navigation laissent entrevoir une abondance d’illustrations amateurs de la musique.
En matière d’abondance de ramifications entre des mosaïques
diverses souvent liées par l’illustration de la musique, le cas de
Lego fascine parce que ces blocs de construction, commercialisés
en 1932, ont une réalité physique tangible. C’est d’ailleurs ce jouet
en plastique que les amateurs utilisent pour illustrer la musique,
contrairement à l’industrie télévisuelle qui produit désormais des
séries télévisées mettant en vedette des personnages numériques comme
ceux de Lego ChimaVoir le
premier épisode de la série Lego Chima.
↩︎. En fait, les
amateurs de Lego profitent du Web pour diffuser à large échelle leur
travail de construction passionné. Les sites consacrés aux
constructions en Lego abondent, et l’on y trouve de tout : maquettes
de mégapoles, bateaux, reproductions de peintures surréalistes, etc
(Hughes
2017). D’innombrables courts-métrages amateurs existent aussi,
dont l’adaptation Lego des vidéoclips musicaux les plus célèbres. Nous
retiendrons ici quelques-unes des reprises de Thriller,
exercice de style incontournable en ligne.
Les versions de Thriller en Lego témoignent d’une réelle passion pour ce jeu ou pour la réalisation d’un court-métrage en image par image, mais elles n’en demeurent pas moins des illustrations de la musique de Jackson. Que la musique ou les paroles soient reprises avec ou sans modification, celles de Thriller trouvent une illustration inédite grâce au célèbre jouet. Ainsi, jesusfreak1623 a pris 3500 clichés pour réaliser « Michael Jackson’s “Thriller” Tribute in LEGO » (2011, 5 millions de vues), reproduction du vidéoclip original.
Michael Jackson’s "Thriller" Tribute in LEGO, FreaknSpud/jesusfreak1623, 28 avril 2011, 10min7s
Crédits : FreaknSpud/jesusfreak1623
Proposé par auteur le 2017-09-01
Le lendemain de la publication de son clip, l’auteur publie « Side by side comparison of “Michael Jackson’s ‘Thriller’ Tribute in LEGO” », une capsule qui montre combien la reproduction est fidèle à l’original et réussit à faire danser les personnages Lego jusqu’à reléguer au second plan leur raideur.
Side by side comparison of “Michael Jackson’s ‘Thriller’ Tribute in LEGO” FreaknSpud/jesusfreak1623, 29 avril 2011
Crédits : FreaknSpud/jesusfreak1623
Proposé par auteur le 2017-09-01
Cette danse Lego suggère que la musique de Jackson revêt
un caractère si universel que même des figurines à la forte carrure
sont portées par elle. Cette avenue interprétative mène d’ailleurs
directement à d’autres mosaïques de variations liées à
Thriller, dont deux versions MinecraftVoir quelques
exemples.
↩︎.
Ces illustrations de la chanson de Jackson attirent autant l’attention sur le jeu les illustrant, Lego ou Minecraft, que sur la musique et les chorégraphies qui ont marqué l’histoire du vidéoclip : ce que toute illustration n’accomplit pas d’emblée. Par exemple, Annette Jung a réalisé « Lego Thriller » (2013), une capsule d’un peu plus d’une minute illustrant le dialogue au début du vidéoclip, au moment de la transformation du personnage en loup-garou.
Lego Thriller, Trickpiraten, 1er septembre 2013, 1min14s
Crédits : Trickpiraten
Proposé par auteur le 2017-09-01
Cette illustration du dialogue original met en valeur l’univers Lego puisque la représentation de la scène renouvelle le genre : elle n’est pas réalisée avec des figurines qui se déplacent dans un univers Lego, mais avec des blocs de couleurs variées assemblés sur un tableau pour chaque image, comme s’il s’agissait d’une longue suite de peintures à numéros. Le nombre certainement élevé de tableaux nécessaires pour réussir l’animation n’est pas précisé, mais le choix de la technique de la mosaïque surprend puisque, traditionnellement, les Lego ne sont pas travaillés sur une surface plane. Cela dit, cette mosaïque animée s’inscrit dans une pratique sonore amateur parce qu’elle emprunte une chanson déjà connue pour présenter un travail visuel indissociable du sonore. Ainsi, le minimum d’intervention sur le plan sonore n’exclut pas un effet sur ce dernier puisque le renouvellement des images associées au son en relance la lecture. Les amateurs retirent un avantage à associer leur travail à un titre connu pour maximiser le nombre de vues et cette pratique influence l’interprétation d’une œuvre. Voilà justement un des principaux effets de la variation sur un thème, un mode de création privilégié des pratiques sonores amateurs.
Explorer la variation
Nous avons vu jusqu’à maintenant combien les pratiques sonores amateurs privilégient la reprise, notamment par l’imitation, la parodie ou l’illustration de la musique. Ces exercices de style offrent un cadre de pratique permettant aux amateurs de se concentrer sur un ou deux aspects de la création plutôt que de s’attaquer, comme des artistes accomplis, à réinventer leur art. Cela amène des pratiques sonores parfois axées sur autre chose qu’un travail du son ou de la musique, comme le montrent les exemples de « piratage » de bandes sonores ou de musique des exemples précédents. Il arrive cependant que les musiciens amateurs, nombreux à publier leur travail en ligne, présentent leurs compositions originales comme une variation sur un thème, mais pas au sens musical (Vignal 2005). Ces compositeurs s’inscrivent précisément dans une esthétique en mosaïque quand ils associent leur musique à des images souvent célèbres.
La composition de nouvelles musiques pour des films connus devient
en ligne, pour des compositeurs amateurs, une avenue d’exploration de
la variation, plus précisément d’exploration des possibles d’une
palette d’expression musicale pour une séquence donnée. Il ne s’agit
pas nécessairement de réinventer le thème musical associé au film,
mais de créer des atmosphères différentes pour appuyer autrement les
émotions des personnages. Olaf Skoreng
propose à cet effet un nouvel accompagnement musical pour la scène de
la mort du bébé dans TrainspottingVoir
la bande annonce du film Trainspotting réalisé par
Danny Boyle, avec Ewan McGregor (1996).
↩︎
et précise, dans sa présentation, son souci de ne pas surcharger
musicalement la scène narrée par le personnage principal.
Trainspotting - Baby’s Death Scene - Alternate Score, Olaf Skoreng, 4 novembre 2013 (cette vidéo n’est plus disponible)
Texte de présentation de l’auteur :
I made this score for a school project. Too much music would ruin the scene in my opinion, the seemed to fit quite well. Made with Pro Tools 11.
Proposé par auteur le 2017-09-01
La contribution musicale de cet amateur consiste surtout à rythmer
la course folle du personnage dans la ville durant sa narration de la
suite des événements. La capsule de Skoreng
s’inscrit ainsi dans une démarche ouverte aux échanges sur la nature
de cette scène de Trainspotting. Il importe de noter qu’un
film qui contient une scène musicale remarquée entraînera une
multiplication de capsules consacrées à la scène ou de captures
d’interprétations de l’œuvre associées au titre du film. Ainsi, entre
autres parce que le film Master and CommanderVoir la bande
annonce du film Master and Commander, réalisé par Peter Weir,
avec Russel Crowe (2003).
↩︎
(2003) met en scène la musique interprétée par le capitaine, nous
retrouvons en ligne un grand nombre d’interprétations amateurs de
l’une ou l’autre des œuvres concernéesVoir
quelques exemples d’interprétations amateurs de la musique de
Master and Commander.
↩︎. Si ces prestations ne font pas
partie de notre corpus, nous remarquons qu’elles contribuent à
multiplier les liens avec une musique de film et que cela permet à des
compositeurs amateurs de joindre un mouvement en proposant une scène
réinterprétée musicalement. Notamment, la chaîne MusicAndMovingImages
présente une musique d’action originale pour les premières minutes de
Master and Commander.
Master and Commander Intro music (alternate Score), MusicAndMovingImages, 23 septembre 2008
Crédits : MusicAndMovingImages
Proposé par auteur le 2017-09-01
Si le film est parfois associé à des interprétations amateurs de la musique de Mozart ou de Boccherini, jouées dans le film par les personnages, il devient ici l’objet d’une exploration de la variation de la musique composée afin de soutenir l’action, de rythmer le suspense. Pour l’essentiel, la proposition de MusicAndMovingImages atténue la dimension stéréotypée de la trame originale (tambours de guerre, sonorités contemporaines synthétisées, etc.) pour harmoniser le projet avec l’époque décrite : nous entendons toujours le roulement de tambour, mais l’arrangement mise plutôt sur les cordes, instruments présents dans le récit, soutenues par les vents. Il s’agit en somme pour celui derrière MusicAndMovingImage, professeur d’économie de profession et musicien-compositeur amateur, de proposer une nouvelle vision/perception de la scène, d’illustrer la musique.
Si le phénomène demeure marginal, il offre suffisamment d’exemples pour confirmer que cette pratique vise une exploration de l’expression des émotions plutôt qu’une opération de mise en marché intense de l’action telle que la pratique l’industrie cinématographique. Dans les exemples liés à Trainspotting et à Master and Commander, les propositions cherchaient à nuancer la musique parfois envahissante, à redéfinir l’équilibre avec les images. Souvent proposées par des amateurs sans prétention, ces compositions explorent d’autres versions possibles selon des paramètres renouvelés et témoignent d’une ouverture représentative de l’esthétique en mosaïque.
Elle aussi construite à partir des productions cinématographiques,
l’animation d’affiches de cinéma devient sur le Web un genre prisé des
infographistes amateurs et cinéphiles, qui illustrent le sonore et le
musical en explorant l’art de la variation par la transformation
d’affiches devenues matériau de base. Cette démarche valorise une
esthétique en mosaïque tout en nourrissant des mosaïques déjà
présentes. La chaîne Jaja Poupou
explore la variation en détail : elle héberge une série d’épisodes de
Poster Fever, réalisés par Guillaume Gaudart et Barney CohenVoir
les épisodes de la première saison de Poster Fever.
↩︎. D’une durée de une à
quatre minutes, ces capsules composites explorent la variation en
créant une bande sonore originale qui confronte les films célèbres à
de nouveaux contextes. Le premier chapitre de la série, intitulé
« Batman wears Lipstick », annonce un récit fondé sur les films
Batman (version non précisée) et LipstickLipstick (Viol et châtiment),
réalisé par Lamont Johnson,
avec Margaux et
Mariel Hemingway
(1976). En savoir
plus.↩︎.
Poster Fever - Chapter I, Jaja Poupou, 27 octobre 2015, 4min14s
Crédits : Jaja Poupou
Proposé par auteur le 2017-09-01
C’est pourtant l’affiche en noir et blanc du film The Night of the HunterThe night of the hunter (La nuit du chasseur), réalisé par Charles Laughton, avec Robert Mitchum (1955). Adaptation du roman de Davis Grubb (1953).↩︎ qui apparaît d’abord puisqu’une conversation entre un homme et une enfant sert de cadre aux épisodes.
Proposé par auteur le 2017-09-01
Ensuite, les affiches animées se succèdent, apparaissant quelques secondes alors que la narration sert de fil conducteur. Ainsi, l’affiche du film The Truman Show (1999) marque le point de départ d’un conte amorcé par « Once upon a time… ».
Proposé par auteur le 2017-09-01
Les affiches sont associées à une bande sonore qui se révèle le fil d’Ariane du savant découpage : les affiches à peine modifiées de BambiVoir l’affiche de Bambi telle qu’utilisée dans l’épisode.↩︎ (1942), Ex DrummerVoir l’affiche de Ex Drummer telle qu’utilisée dans l’épisode.↩︎ (2007), The GooniesVoir l’affiche de The Goonies telle qu’utilisée dans l’épisode.↩︎ (1985) ou BrazilVoir l’affiche de Brazil telle qu’utilisée dans l’épisode.↩︎ (1985) s’animent progressivement, en phase avec l’action créée. Ces animations préservent l’essentiel des affiches et se limitent à faire bouger lèvres, les regards ou les poses des personnages. Par exemple, l’affiche coréenne de Dirty DancingVoir l’affiche de Dirty Dancing telle qu’utilisée dans l’épisode.↩︎ (1987) montre le couple de danseurs enlacés, sauf que la main du personnage masculin passe de la taille au sein droit de sa partenaire. L’intrigue du conte s’établit alors que s’anime l’affiche du film Les enfants du paradis (1945) pendant que la bande-son compose un dialogue original mettant en vedette Batman, incarné par le mime Deburau. Ainsi, ce mime travesti sur le plan sonore entame un dialogue avec les deux autres personnages de l’affiche qui, eux, prennent à témoin les personnages d’affiches d’autres films, comme s’il existait une communauté d’affiches cinématographiques accrochées quelque part, en relation entre elles. Quand il reconnaît Batman, Lemaître s’exclame dans un anglais à l’accent français « Hé les mecs ! Regardez comment Batman s’habille sous son costume » (sous-titres français de la capsule).
Proposé par auteur le 2017-09-01
Alors, les personnages des affiches de All about Eve (1950) et de Casablanca (1942) rient, puis ceux de la famille Adams demandent au Batman-Deburau pourquoi il porte du rouge à lèvres, seul lien avec le titre. Des dizaines d’affiches s’animent ensuite dans un délire de rires, de musique sud-américaine et de fusillades inter-affiches. Ce véritable feu d’artifice d’affiches animées explore les versions possibles des imaginaires convoqués, manifestation d’une esthétique en mosaïque elle-même mise en abyme dans ce type de collage visuel. Cette illustration du sonore nourrit le scénario somme toute très simple alors que la parodicité ressort de ces assemblages inattendus, de ce nouveau regard sur des affiches phares du cinéma auxquelles un hommage cultiste est rendu sans équivoque.
Références
Accéder à cette bibliographie sur Zotero
Contenus additionnels
Exemple de vidéo pour illustrer la musique : Facebook Names in Song Lyrics | PART 1
Crédits : Carl Bradbury
Proposé par auteur le 2017-09-01
Exemple de vidéo illustrant la personnalisation/personnification de la musique : Peanut Butter Baby - Remix Compilation #3
Crédits : TwinkieMan
Proposé par auteur le 2017-09-01
Annick Girard
Sémioticienne des rapports musique, image et texte, Annick Girard enseigne la littérature française au Collège militaire royal de Saint-Jean. Elle s’intéresse aux œuvres cultes, notamment aux hommages cultistes rendus par les artistes (cinéastes ou réalisateurs de capsules Web) à travers leurs pratiques.